Les anciennes fontaine de Mons.

A la fin du xive siècle, le magistrat de Mons résolut de doter le Grand-Marché (aujourd’hui Grande Place) de cette ville, d’une fontaine publique. Le duc Albert de Bavière, comte de Hainaut, lui en donna l’octroi, le 20 décembre 1386.

On fit alors des études sur les cours d’eau de Casteau, de Saint-Denis- en-Broqueroye et d’Harmignies. Les sources de Saint-Denis, village situé à une lieue et demie N. E. de Mons, furent préférées pour leur qualité et leur abondance. Elles se trouvaient au-dessus de l’abbaye établie dans cette localité, sur la seigneurie de la Roquette, entre Casteau et Thieusies : la principale était la fontaine Wastiaul.

Deux grands réservoirs en pierre y furent construits, et l’eau fut dirigée par des tuyaux qui parcouraient les territoires de Saint-Denis et d’Obourg, les bois et les bruyères de Mons.
Cet ouvrage si remarquable fut commencé en 1394 et terminé cinq ans après. Toutefois, en 1400 les canaux exigèrent de nouveaux travaux. Les ouvriers causèrent alors certains dommages aux terres, aux vergers et au jardin de l’abbaye de Saint-Denis. L’abbé actionna de ce chef les échevins. Une sentence rendue, en 1407, par le grand bailli de Hainaut, condamna le monastère à supporter cette servitude, mais sous la condition que la ville lui paierait, à titre d’indemnité, une rente de douze livres, dont le capital fut bientôt amorti.
« Ces tuyaux, au nombre de plus de deux mille, étaient les uns en terre cuite et les autres en bois ».

Le 1er juin 1405, jour de l’inauguration de Guillaume IV, comte de Hainaut, on posa, en sa présence, la première pierre du monument de la fontaine du Grand-Marché, qui fut élevé en peu d’années. Divers quartiers de la ville eurent aussi dans la suite des fontaines. Les eaux furent conduites au Petit-Marché, près de l’hôpital Saint-Nicolas, au Marché-au-Poisson et à d’autres endroits.

 

La fontaine du Grand-Marché se composait d’un vase à six pans soutenu par six colonnes, à l’intérieur duquel se trouvaient sept autres colonnes, dont celle du centre était destinée à supporter la statue du Sauveur, et les douze autres les statues des apôtres.
La fontaine du Petit-Marché n’était pas moins remarquable.
Au milieu du bassin, s’élevait une belle statue en pierre représentant la Vierge. Elle était surmontée d’une toiture soutenue par huit piliers.
Quant à celle du Marché-au-Poisson, elle avait aussi un aspect monumental. C’était une colonne rehaussée de la statuette de saint Pierre, patron des poissonniers.

Ces fontaines ne donnèrent plus leurs eaux à la ville, au 1 Ces statues ne furent jamais exécutées. Aux jours de grandes solennités, la fontaine était décorée avec luxe. Le 23 février 1600, jour de l’inauguration des archiducs Albert et Isabelle, elle fut couverte par une riche représentation du jardinet de Hainaut.

Au sommet se trouvaient les armoiries du comté, de la capitale et du duc de Croy, grand bailli. La fontaine était garnie des bannières des villes, des abbayes, des comtés, baronnies et pairies du pays, entourées de fleurs, qui étaient arrosées par les statues des archiducs.

Milieu du xviie siècle1. Après plusieurs restaurations, celle du Grand-Marché fut démolie, par résolution du conseil de ville du 2 juillet 1675. On conserva comme monument celle du Petit-Marché; mais elle subit le même sort que son ainée, vers 1799.
La fontaine du Marché-au-Poisson fut remplacée, en 1724, par le puits qui décore actuellement cette place, devenue le marché-à-la-volaille. Ce beau puits se compose d’un pilier en pierre de taille, de forme triangulaire, sur lequel sont sculptées des cristallisations. Il était surmonté de la statuette de saint Pierre ; mais, vers 1825, on a substitué à ce dernier débris de nos anciennes fontaines, un vase qui ne correspond en aucune façon avec l’architecture gracieuse de ce petit monument.
Un autre puits public de Mons, celui de la Place du Chapitre de Sainte-Waudru, datant de 17792, mérite une simple mention. — Celui qu’il remplaça pour cause de vétusté, avait été construit de 1532 à 1535. Il était formé de quatre piliers auxquels se trouvaient adossées des figures d’animaux, savoir : un lion, un griffon, une licorne, un aigle; et une bannière aux armes du chapitre noble (d’or à trois chevrons de sable), le surmontait. Pierre Seuwart, peintre, en avait donné le plan.
II n’existe aucun dessin des anciennes fontaines de Mons.
Nous n’avons pu faire leur description que d’après des documents authentiques et des souvenirs traditionnels.

LÉOPOLD DEVILLERS.
Les échevins furent condamnés, vers 1650, à fournir de l’eau potable à la ville. Dès cette époque, ils firent creuser plusieurs puits dans les quartiers les plus populeux.
Cette date est gravée sur la corniche de ce puits, et elle résulte, en outre, de la décision prise par les dames du chapitre, dans leur séance du 17 février 1779.

ANNEXE,
Octroi accordé par le duc Albert de Bavière pour la conduite des eaux à Mons.
Duc Aubert de Bavière, etc. A tous seigneurs, nobles, prélatz et justiciers ausquels cestes nostres présentes lettres s’adresseront, salut. Scavoir faisons qu’à la prière des eschevins, jurez et conseil de nostre ville de Mons en Haynau, et pour l’amendement d’icelle, nous leur avons accordé et fait grâce d’avoir et faire venir une fontaine en nostre ditte ville, laquelle en Scelle ne peut bonnement venir sans passer parmi les justices d’aucuns.
Si mandons et commandons à tous et à toutes en cuy mettes et justices fouïr et ouvrer conviendroit pour cause de la ditte fontaine, qu’à ce veulent consentir et gréer à faire, parmy le domaige récompensant, sans autre mandement avoir ne attendre de par nous : car ainsi le voulons par le tesmoing de ces lettres scellées de nostre scel, données à Mons le xx jour de décembre l’an M. ccc. LXXXVI.
Original aux Archives de la ville de Mons.

ANNALES DU CERCLE ARCHÉOLOGIQUE DE MONS 1857