ORIGINES.
On rencontre à une
demi lieue S. E. de Mons, la jolie commune d'Hyon. Situé sur les bords de la
Trouille, au pied du mont Panisel, ce village offre un aspect charmant et
pittoresque que relèvent encore d'élégantes maisons de campagne. La plus grande
obscurité plane sur l'origine du village d'Hyon, dont le territoire est traversé
par l'ancienne chaussée romaine, dite Brunehault. Cette commune possédait déjà
au xn1' siècle, une église et une annexe de cetle église, la chapelle
Saint-Pierre qui fut détruite au siège de Mons de 1572. Ces deux établissements
religieux étaient placés sous la juridiction spirituelle de la puissante abbaye
de Lobbes qui conserva le droit de collation de la cure et le droit de percevoir
la dime dans la paroisse, jusqu'à la réunion de la Belgique à la France, en
1794. Le chancelier Gilbert nous apprend que par une charte de 1195, le comte de
Hainaut Baudouin V concéda à perpétuité aux abbés de Lobbes, la dime du vignoble
qu'il possédait à Hyon. Le souverain se soumettait ainsi lui-même à un impôt qui
frappait tous les habitants. LA SEIGNEURIE. — La seigneurie d'Hyon est très
ancienne ; elle formait un fief ample, du ressort de la cour féodale de Mons.
Ce fief consistait: en un village à clocher; en une maison de cense ; en
jardins, prés, pâtures et terres labourables ; en rentes d’argent, d’avoine,
d’oies, de chapons et d'œufs. Le seigneur percevait le cinquième denier et avait
les droits de pêche, de jambage, d'aubaine, de mortemain, de haute, moyenne et
basse justice. On voit encore aujourd'hui les ruines du pilori dans la cour de
la guinguette ayant pour enseigne : Au lingot d'or.
Un document de 1474 nous apprend que le seigneur d'Hyon, à cette époque Arnould
de la Hamaide, exerçait aussi des droits seigneuriaux sur diverses maisons
situées à Mons, à la Grand'- rue, près du Pont de Trouille, à la Pesquerie, près
le Cerf- Volant, à la rue de Houdaing et à la rue du Rivage.
Jusqu'au xive siècle, nous ne connaissons ni les noms de famille, ni les
armoiries héréditaires des seigneurs qui possédèrent la terre d'Hyon. Les
premiers que nous rencontrons, sont cités dans un recueil manuscrit d'épitaphes
de la bibliothèque de Mons. Nous y lisons : Au villaige de Hion lez la ville de
Mons en un marbre est un homme armé avec ses armes qui sont de sinople à trois
coquilles d'or. En une verrière sont des armes. L'arbre généalogique de la
famille des Rumigny-Poissant indique que deux membres de cette famille , Gillion
et Jean de liumigny-Poissant, seigneurs d'Hyon, furent inhumés dans l'église de
ce village, le premier en 1328, le second en 1393. La terre d'Hyon subit de
nombreuses mutations. Elle appartint successivement, et sauf omission, aux
maisons de la Hamaide (1397), de Rochefort (1493), d'Ottinghen (1510), de
Roghendorff (1544), de Godin (1544 à 1576), de Croy (1577) et de Franeau de
Gomegnies (1577 à 1794).
Par acte passé à Mons, le 19 septembre 1485, Isabeau de la Hamaide, femme de Jean d'Ottinghen, seigneur de Flobecq, abandonna l'usufruit de la terre d'Hyon à sa belle-sœur Jeanne de Lille, dame de Frasnes et veuve d'Arnould de la Hamaide. Vers le milieu du xvie siècle , le comte de Roghendorff, seigneur de Condé et capitaine de la garde allemande de Charles-Quint, céda son fief d'Hyon, moyennant 4,000 florins Carolus d'or, à Julien Godin, seigneur de Thieusies, bailli d'Havré et échevin de Mons.La vente fut conclue à Condé, le 10 janvier 1544, dans l'hôtel de Roghendorff. Julien Godin mourut le 17 janvier 1576, laissant un testament renfermant divers legs, la fondation d'une messe quotidienne à l'église de Sainte-Waudrû et plusieurs dons charitables au profit des pauvres de Mons. Pour acquitter ces legs, il ordonna que sa seigneurie d'Hyon fût mise en vente. Charles-Philippe de Croy, marquis d'Havré, acheta le domaine de son ancien bailli et le revendit à Philippe Franeau, le 26 mars 1577.Philippe Franeau naquit à Mons, le 27 janvier 1 539. Il était fils de Claude Franeau et de Jeanne Fourneau.
En 1579, il signa, comme premier échevin de Mons, le traité de réconciliation pour le retour de cette ville sous l'obéissance du roi d'Espagne. Par lettres patentes datées de Madrid, le 30 octobre 1583, Philippe II le créa chevalier. Il portait pour armoiries de gueules à la licorne d'argent. Philippe Franeau était aussi seigneur d'Arbre et d'Attre' ; il mourut le 16 avril 1886. On voit encore dans l'église d'Hyon, sur une dalle, des inscriptions tumulaires à la mémoire de Philippe Franeau, de sa femme Jeanne François, dame de Bertaimont, et de leur fils Séverin. Cette pierre, de grande dimension et parfaitement conservée, porte les écussons des Vander Burgh, des d'Ive, des de Croix, nobles familles qui s'allièrent aux Franeau de Gomegnies. Les Franeau possédèrent pendant plus de deux siècles la terre d'Hyon. L'un des derniers seigneurs de ce nom fut François- Ferdinand-Joseph. Par lettres patentes délivrées à Vienne, le 4 août 1783, l'empereur Joseph II lui permit de décorer ses anciennes armoiries d'un manteau de gueules fourré d'hermine et de les surmonter d'une couronne ducale l. François Franeau mourut le 7 avril 1792, laissant son frère pour héritier. Après l'invasion de la Belgique par les armées républicaines, en 1794, les Franeau vendirent la terre d'Hyon, mais comme simple propriété privée et dégagée de tous droits féodaux.

LE VILLAGE.
Hyon avait longtemps avant 1410, un maïeur et des échevins.
Nous avons eu sous
les yeux un sceau de la commune, portant cetle légende : >J(S. ESCHEVINAL. DE LA
COMMUNE. DE HYON. 1583.
Les habitants suivaient la loi de Mons et étaient régis par les Chartes de ce
chef-lieu.
Hyon , en 1 754 , renfermait 67 feux ; on y compte aujourd'hui 228 maisons et
1158 habitants.
Au xvnie siècle, Hyon possédait une école subsidiée par la commune, une chambre
échevinale et un corps de garde.

L'édifice qui servait primitivement d'église a été remplacé, en l'année 1527,
par la modeste construction que l'on aperçoit 1 Le Cercle Archéologique possède
une empreinte du sceau de ce seigneur, avec ses armoiries, de gueules à la
licorne d'argent, supportées par deux lions, posées sur un manteau et surmontées
d'une couronne de duc; autour est la légende : * S. FIUWÇOIS. F. FRANEAU DE HYON
COMTE DE GOMJSGKIES.
Aujourd’hui, à front de la place et au milieu du cimetière qu'enclôt un mur. L'église moderne n'offre rien de remarquable ; on n'y trouve aucun objet d'art digne d'être noté. Sa décoration est néanmoins convenable.

PARTICULARITÉS.
L'église d'Hyon
est dédiée à saint Martin, dont la fête patronale se célèbre le 4 juillet, si ce
jour est un dimanche, sinon, le dimanche qui suit. Le jour de la fête
patronale est également celui de la kermesse. Autrefois, la fête communale d'Hyon
était une des plus jolies et des plus fréquentées des environs de Mons. Le
dimanche et les deux jours suivants, des quadrilles se formaient sur la place;
le premier se composait de nobles, le second de bourgeois de Mons. le troisième
de fermiers et le quatrième de simples villageois. Le bailli ouvrait la danse.
C'est, sans doute, en souvenir de cet ancien usage, que le bourgmestre
présidait, il n'y a pas longtemps encore, à la danse d'honneur. M. J.-B.
Vanderbelem, chevalier de l'ordre de Léopold, qui administre la commune depuis
1816, nous disait qu'il n'avait abandonné cet usage que depuis quelques années.
Au commencement de ce siècle on voyait, près de l'habitation de M. Hecq-Deblaive,
une chapelle où l'on vénérait Notre-Dame de Frasnes1. Cette chapelle, dont il ne
reste même plus de ruines, était entretenue aux frais des états du Hainaut,
principalement sur la cassette de la chambre du clergé et au moyen de dons et
legs particuliers. Des prêtres de Mons y disaient la messe plusieurs fois la
semaine *. Une autre madone, Notre-Dame du Bois-là-haut, est honorée dans une
petite chapelle, ombragée par des tilleuls, située au centre d'un hameau appelé
le Bois-là-Haul. Les chevaliers de l'ordre de saint Jean de Jérusalem exploi- 1
L'image de N.-D. de Frasnes se trouve dans une niche adossée à la maison faisant
face à l'emplacement où s'élevait autrefois la chapelle. avait une ferme au
hameau de la Favarte , proche de Ciply : ce hameau existait déjà en 1410.
Une maison isolée, dite la Chasse Royale, se trouve à l'extrême limite du
village, vers Ciply.
Le collège des Jésuites de Mons avait à Hyon , sans compter d'importantes
propriétés foncières , une maison située sur la place et dont le jardin
contenait environ deux bonniers. On rapporte qu'aux jours de congé les élèves
venaient y jouer et se délasser de leurs études. L'emplacement de cette
habitation est aujourd'hui occupé par la guinguette dite le Coloma. Les anciens
états du Hainaut avaient créé dans la commune une genièvrcrie, établissement de
monopole, qu'ils furent obligés de supprimer en 1788.
Le village d'Hyon
occupe une place modeste dans l'histoire de notre pays. Aucun événement
important ne s'y est passé. Situé à une portée de canon de Mons, il eut beaucoup
à souffrir aux divers sièges de cette ville, aussi bien de la part des assiégés
que de celle des armées assiégeantes. Nous nous bornerons à rappeler qu'en 1746,
plusieurs fermes furent brûlées par les montois qui prévoyaient qu'elles
pourraient servir à l'attaque des Français.
La commune d'Hyon a donné le jour au général Soudain de Niederweth, une des
illustrations militaires du pays, pendant les guerres de la Révolution Française
et de l'Empire. En terminant, n'oublions pas de remercier M. le baron Alfred de
Hérissem qui nous a communiqué , avec une extrême obligeance, les précieux
documents manuscrits qu'il possède, touchant la terre d'Hyon, et qu'il a réunis
en un beau volume.
C. ROUSSELLE.
1 Voir la notice que lui a consacrée M. le colonel Guillaume.

L'église Saint-Martin. Edifiée entre 1874 et 1876 par l'architecte Eugène Carpentier, en style néo-gothique, elle succède à d'autres édifices dont certains éléments ont été réemployés (cuve baptismale du XIVe ou XVe siècle, culs-de-lampe du XVIe siècle dans le porche).

Le "Moulin-au-Bois". Pont-barrage au confluent de la Trouille et de la Wampe, attesté dès 1192, faisant autrefois partie de l'ancien moulin dit "Moulin-au-Bois".

Le "château", ample et élégante demeure de la première moitié du XIXe siècle (domaine privé).
L'ancienne gare de Hyon-Ciply, bel exemple d'architecture ferroviaire du début du XXe siècle, reconvertie en logements et magasins. Ce bâtiment a été endommagé par un incendie survenu le 3 avril 2007.Plusieurs maisons ou fermes des XVIIIe et XIXe siècles. L'Arbre de la liberté, tilleul majestueux planté à la fin du XVIIIe siècle par les Révolutionnaires au sommet du Mont Panisel. Cette très vieille colline, datant de l'Eocène, ainsi que ses alentours - notamment le chemin de Bethléem, allusion à l'abbaye du Bélian à Mesvin - offrent de belles possibilités de promenade.La petite (2,3 ha) réserve naturelle "Les prés du village" (accès uniquement sur rendez-vous).
Fête de Saint Fiacre, patron des maraîchers (30 août), qui se tient le dernier week-end du mois d'août.
Libération de Hyon par les alliés, 9/1944.
ANNALES DU CERCLE ARCHÉOLOGIQUE DE MONS 1857.
Cartes postales, Augello,C.