
Les Fondations charitables de Mons. Sceau de la bonne maison des Pauvres Orphelins de la ville de Mons.


L'Hospice des Orphelins.
Les jeunes
orphelins indigents sont, à juste titre, rangés parmi
les pauvres les plus dignes de pitié. En effet, déjà nés dans la misère, ils ont
encore eu le malheur de perdre leurs parents
avant d'être parvenus à l'âge de se suffire à eux-mêmes. Sans la charité, ils ne
pourraient vivre. Aussi, chez tous les peuples,
ont-ils été l'objet d'une tendre sollicitude. Le christianisme ne s'est pas
borné à leur assurer des secours matériels, il a de plus
pourvu à leurs besoins moraux. Les hospices donnent maintenant à ces malheureux
enfants l'instruction professionnelle et l'éducation
morale qu'ils auraient reçues dans leur famille. L'hospice des Orphelins de Mons
est un de ceux qui furent établis
le plus tard dans cette ville. Jusqu'au milieu du seizième siècle, ces jeunes
indigents avaient été à la charge de la Grande-Aumône,
comme les autres pauvres secourus à domicile; ils étaient placés en pension chez
des particuliers peu aisés, où ils ne recevaient
qu'une éducation médiocre sous le rapport moral et intellectuel. A cette époque,
un établissement spécial fut créé pour les recevoir.
Marie Louise de Bouzanton, fille de Messire Gilles de Bouzanton, seigneur de
Lompret, et de dame Jeanne de Leloge,
veuve en premières noces de Jean de Hornu, écuyer, seigneur de Courcelles, et en
secondes, de Philippe Du Jardin, écuyer, receveur
général des états , acheta, moyennant une rente de 526 livres, l'hôtel de
Bavière dit aussi de Molembaix, qui devait compéter et appartenir à toujours aux
pauvres orphelins et orphelines, natifs de cette ville et enfants légitimes de
bourgeois, les y recevoir, nourrir, entretenir, comme elle espéroit commencer
dès son vivant, et ( cette fondation) être maniée et gouvernée par Messieurs
échevins et conseil de ladite ville ou leurs préposés. « A cet effet, elle se
déshérita de cette maison le 20 janvier 1562. Cette dame, qui cependant n'avait
jamais eu d'enfant, voua une affection toute maternelle à ces petits malheureux;
elle les entourait de soins minutieux, tout en dirigeant l'institution avec la
sagacité la plus éclairée. Elle fit des règlements qui inspirèrent la plus
grande confiance, de sorte que
bientôt des personnes charitables lui procurèrent des ressources importantes*.
Le nombre des orphelins qui arrivèrent dans
son institution, fut en peu de temps si élevé qu'elle ne put continuer à la
diriger par elle-même; elle rendit compte aux échevins
des aumônes qu'elle avait reçues * et leur demanda d'instituer des maîtres et
des intendants pour s'occuper de la gestion -

1 DE Boussu, Hist.de Mons, p. 194. — [Fonson], Le petit tableau de Mons, p. 10.
— Histoire abrégée de la bonne maison des pauvres orphelins de Mons, 1763.
Brochure petit in-4°, 26 pp. On trouve à la fin de cette brochure la relation du
jubilé célébré par l'hospice des Orphelins, en 1763. Ms. intitulé : Mémoire des
intendants de la bonne maison des pauvres orphelins de la ville de Mons pour
satisfaire aux différents objets de demandes contenues en la lettre qu'ils ont
reçue de la part de M. le conseiller Avocat de sa Majesté au pays et comté de
Hainaut en date du 10 octobre 1771. (BIBLIOTHÈQUE DB M. LÉOPOLB DEVILLERS ). —
ARCHIVES DO ROYAUME. États de biens de 1787, t. 100. Chambre des comptes,
registre 717. * Les chanoinesses de Sainte-Waudru autorisèrent des quêtes pour
cet
hospice, par résolution du 22 juillet 15I55 : « Sur ce que Franchois Despiennes,
» Loys Malapert et damoiselle Loyse de Bouzanton ont requis de pouvoir »
pourchasser en ceste église, comme autres boursiers, pour les pauvres »
orphelins de ceste ville de Mons, leur fut accordé leur requeste,
DEVILIERS, Mémoire sur l'église de Sainte-Waudru, p. 8-i.
financière(1569). Elle dirigea cette institution jusqu'à sa mort, qui arriva le 17 mai 1595. Dès lors, l'hospice des Orphelins fut administré par des maîtres et des intendants, laïcs et ecclésiastiques, sous le contrôle et la surintendance des échevins. Cette administration fut purement gratuite, et cependant le zèle pour l'amélioration de la fondation ne faisait pas défaut ; des libéralités vinrent en consolider l'existence. Pour donner à ces enfants les moyens de suivre des pratiques pieuses, les intendants firent construire une chapelle dans l'établissement. La première pierre y fut placée le 1er avril 1605, par le premier échevin, Jacques de Saint-Genois, et le 25 septembre 1607, l'autel en fut dédié à Dieu, à la Vierge Marie, à saint Quentin, à saint Louis, à saint Grégoire, à sainte Ursule et aux onze mille vierges. La cloche fut bénite par le doyen de chrétienté et eut pour parrain Quintin Ghislain et pour marraine Éléonore de Roisin.
Outre les intendants, diverses personnes cherchèrent à relever le moral des
orphelins : c'est ainsi que plusieurs de nos concitoyens
décorèrent la chapelle de précieux reliquaires et que l'archevêque Vanderburch
alla visiter leur maison le 4 août 1619.
Un des intendants,Quintin Ghislain, qui mourut le 5 avril 1617 et qui est inhumé dans la chapelle, créa la fondation d'une messe journalière à cet autel : c'est sans doute à partir de cette époque qu'un chapelain fut attaché à l'hospice. La fondation charitable de Louise de Bouzanton reçut de nombreux accroissements. Les chanoinesses de Sainte-Waudru, Mme de Villerval et Mmc de Jauchede Mastaing, l'intendant ecclésiastique, Messire Hubert Laurent de Preumontaulx, Mme Agnès de Busegnies, veuve du conseiller Dumont d'Audregnies, Michel de Hastein, écuyer, Jean Dessus le Moustier et de Lamotte, firent des libéralités à cette maison. Mme Chrétienne Noël, veuve de * Inscriptions sépulcrales des églises, couvents, hospices et chapelles de la ville de Mons, recueillies par LEOPOLD DUVILLIERS.
Nicolas de Vergnies, fit clore d'un mur le cimetière, lorsqu'il fut bénit, en
1626. Jean Du Buisson, prêtre, mort le 7 janvier 1632,
créa des dots pour les orphelines qui, en quittant l'institution, voulaient
entrer en religion. François Dardenne, mort le 20
novembre 1645, et Séverin François, seigneur de Sepmeries, laissèrent leur avoir
à cette fondation. Anne de Crécy fit élever le
bâtiment qui comprend le dortoir et les ateliers des garçons, et laissa la
moitié de ses biens à l'établissement. L'inscription suivante
qu'on lit au-dessus de l'entrée du chauffoir, rappelle cette libéralité : D. 0.
M.


TRÈS-NOBLE DAMOISELLE
ANNE DE CRÉCY
FILLE DE LA CONGRÉGATION NOSTRE DAME
PETITE NIEPCE A DAME LOUISE DE BOUZANTON
DONATRICE DE CESTE MAISON PIEUSE
A FAIT BASTIR CESTE DEVANTURE
M.DC.LXIII.

Quelques années plus tard, une autre
bienfaitrice, Isabelle Durand, avantagea cette fondation. Son portrait qui est
conservé
dans l'hospice, rappelle ses legs charitables :
MÉMOIRE DE DEMOISELLE
ISABELLE DURAND, FILLE EN CÉLIBAT, DÉCÉDÉE EN CETTE VILLE
DE MONS LE 28me AOUST 1689 QUI A LAISSEZ LE BONI DE SON TESTAMENT POUR ESTRE
REMPLOYÉ EN COURS DE RENTES AU PROFIT DE LA BONE MAISON DES ORPHELINS ET GRANDE
AUMONE DE CETTE VILLE. QUE DIEU AYT EN GLOIRE.
Au
commencement du siècle suivant, cet hospice fut aussi avantagé par un curé de
Sainte-Elisabeth, dont le portrait, qu'on y trouve encore, porte les lignes
suivantes:
PORTRAIT DE MONSIEUR ZACHARIE MAES , PASTEUR DE ste ELISABETH,
DOYEN DE CREST1ENETÉ, BIEN-FAICTEUR DE LA MAISON DES PAUVRES ORPHELINS DE LA
VILLE DE MONS, MORT LE 1er MAI 1703. REQUIESCAT IN PACE.

Les biens légués à cette fondation étaient en partie grevés d'affectations
spéciales : les uns étaient affectés à des services religieux,
à l'entretien de la chapelle et au traitement du chapelain; les autres, à des
bourses d'études pour des orphelins qui faisaient
leurs humanités ou leurs cours universitaires à Louvain ; certains biens
servaient à leur titre presbytéral, à payer la dot des orphelines
qui entraient dans des couvents; certains autres étaient destinés à leur donner
des secours à leur sortie de l'hospice. Parvenus
à l'âge de 20 à 21 ans, les garçons qui s'étaient bien conduits, recevaient, en
quittant l'institution, un habillement de drap
complet; ceux dont la conduite avait été moins bonne, recevaient un habillement
en étoffe fabriquée à Mons; ils conservaient, en
outre, trois chemises; et s'ils répondaient convenablement à un examen de
catéchisme que les intendants leur faisaient subir, ils
obtenaient une quatrième chemise et une gratification de 8 livres 4 sols. Quand
ils sortaient avec un congé, ils touchaient 20 livres
pour un manteau, et lors de leur mariage ou d'une prise d'état honorable, on
leur remettait encore 20 livres. Les orphelines qui
sortaient avec un congé, obtenaient des vêtements pour une valeur de 89 livres,
et si elles avaient appris la lingerie, on leur
comptait 3 livres 12 sols; si elles étaient couturières, on leur remettait 4
livres 4 sols. A leur mariage, les intendants leur donnaient
40 livres. Lorsqu'elles étaient admises dans des couvents, elles étaient
pourvues de ce qui leur était nécessaire. La fondation devait faire étudier
trois orphelins au collège des humanités et à l'université de Louvain, en
philosophie et en théologie ; elle disposait de 400 livres pour leur titre de
prêtrise. Michel de Halstein avait fondé deux bourses de 50 florins pour les
humanités en leur faveur.
Le nombre d'orphelins qui pouvaient être admis dans l'établissement, ne fut
jamais limité. La fondatrice y avait d'abord reçu
treize garçons et treize filles, mais elle en recueillit davantage à mesure que
les ressources le permettaient. Dans la suite, on
y entretint tous les enfants des bourgeois de la ville et de la banlieue de
Mons, qui avaient perdu leur père et leur mère, qui
étaient âgés de plus de sept ans, mais de moins de quinze. Du reste, les
magistrats y envoyèrent parfois des orphelins de
quinze à dix-huit ans, quand ils étaient d'une complexion délicate ou dans
l'impossibilité de gagner leur vie en travaillant.

A
certaines époques, cet hospice contint jusqu'à deux-cent-cinquante
enfants; en 1693, d'après le Mémoire de l'intendant français Bernières, il en
contenait cent-quatre-vingts; en 1787, le nombre était de cent-vingt-cinq;
parfois, il a été réduit à quatre-vingts. En 1758, en 1767 et en 1770, les états
et la ville de Mons ayant
converti les rentes qu'ils devaient, la dotation de l'hospice fut tellement
diminuée qu'il ne fut plus possible de recevoir tous les
orphelins qu'on y présentait. Les garçons allaient apprendre un métier chez des
maîtres
artisans en ville; les filles apprenaient dans la maison le tricot et la
couture, et travaillaient pour des personnes de la localité. Le
travail de celles-ci produisait à la maison une somme moyenne annuelle de 187
fl. 15 sous. Les garçons touchaient leur salaire
chez leurs maîtres, mais ils devaient en remettre une partie à l'hospice d'après
un tarif arrêté par les intendants. Année commune,
cette quotité de leur salaire rapportait 152 fl. 16 sous. Les orphelins des deux
sexes assistaient aux funérailles des personnes aisées : ils recevaient de ce
chef environ 184 florins par année. En 1787, les revenus de l'institution
s'élevaient à la somme de
15,661 fl. 16 s. H d., dont 9,848 fl. 10 s. en rentes, 2,614 fl. 6 s. 11 d. en
terres et 941 fl. 17 s. en maisons. La dépense montait
à 15,629 fl. 17 s. En voici quelques chiffres : les étoffes pour vêtements, la
toile, les chaussures, les chapeaux et les culottes
de peau coûtaient 2,655 fl.- L'entretien des enfants revenait à cinq sols par
tête et par jour.
Le personnel dirigeant se composait de deux chapelains, d'une directrice nommée
Mère, de trois maîtresses, l'une pour les lin-
gères, l'autre pour les tailleuses et la dernière pour les tricoteuses, enfin de
cinq domestiques, y compris le portier, qui
enseignait aux plus jeunes enfants à faire des bas à l'aiguille. Le chapelain
des garçons avait le logement et la table, plus un traitement
de 4tj4 fl. 5 s. 6 d., y compris les honoraires d'obits. Il disait la messe tous
les jours et enseignait aux orphelins la lecture, l'écriture et le catéchisme.
Le chapelain des filles avait le logement, la nourriture, le chauffage et le
luminaire, ainsi qu'un traitement de 285 fl. 2 s. H enseignait aussi aux filles
la lecture, l'écriture et le catéchisme, disait une messe journalière et
assistait comme diacre aux offices qui exigent un second prêtre. Ces deux
prêtres enseignaient, en outre, le plain-chant aux orphelins et aux orphelines.
Ceux-ci chantaient pendant les offices célébrés dans leur chapelle : un orgue
les accompagnait. Le clergé des orphelins faisait une procession annuelle comme
les paroisses de la ville. Elle avait lieu le dimanche dans l'octave de la
Fête-Dieu. Elle suivait pour itinéraire la rue de Liège, la Guirlande, la
Grand-rue, la Chaussée et les rues de la Coupe, de la Grande-Triperie, des Juifs
et des Blancs-Mouchons.
La Mère était chargée de la direction économique de la maison et de la
surveillance des filles : son traitement était de '128 fl. Les
maîtresses recevaient ensemble 182 fl. i4 s. Le médecin et le chirurgien
touchaient 900 fl. pour leurs honoraires réunis.
L'hospice était administré par quatre intendants, sous le contrôle du magistrat.
Ces administrateurs se servaient dans leur
régie d'un sceau, portant l'image de la vierge Marie devant laquelle deux
orphelins se prosternent, et en arrière-plan, le château
qui constitue les armoiries de la ville de Mons. Le dessin de ce sceau se trouve
en regard de la première page de cette notice.
Un receveur était chargé de la comptabilité et soumettait ses comptes à
l'approbation des échevins. Un employé était chargé de
recevoir les petits revenus des orphelins et de réaliser le mobilier que leurs
parents leur avaient laissé, enfin il recouvrait leurs
créances. A cause de la difficulté de cette besogne, on lui allouait pour
recette le vingtième denier.
Cet établissement jouissait de quelques privilèges : en vertu du règlement du 18
janvier 1757, art. 9 et 27, il était exempt de
l'impôt sur le vin et sur la bière; et d'après celui de 1764, art. 169, la ville
lui donnait des chandelles, du bois, du vin, du
brandevin, du papier, des plumes et de l'encre. La maison des orphelins fut
ainsi administrée jusqu'à l'introduction du régime français. A cette époque, il
a commission des hospices en prit possession comme des autres établissements
charitables.
Cette fondation ne tarda pas à recevoir un accroissement d'élèves : on y annexa,
le 1er décembre 1797, un établissement
analogue nommé la maison des filles Derquenne; nous parlerons de celle-ci dans
le paragraphe suivant.
Depuis lors, l'hospice des orphelins et celui des filles Derquenne furent placés
sous la même direction : il n'y eut cependant pas
fusion, car les revenus de chaque établissement sont renseignés séparément.
Ces deux fondations firent des pertes considérables, par suite du changement de
régime gouvernemental que notre pays subit à
la fin du siècle dernier. Les états, les villes et les corporations suspendirent
le paiement de leurs dettes, les droits seigneuriaux
et les dîmes furent supprimées; enfin, des particuliers refusèrent de continuer
le service de certaines rentes qui n'étaient pas justifiées
par titres. Cette perturbation financière réduisit l'hospice aux extrémités les
plus fâcheuses.
La directrice de cette époque, Mm recours à des personnes charitables. Mme
Coppée, dont la générosité
était inépuisable, fut alors la providence de cette maison ; son souvenir ne
périra pas. On a aussi conservé honorablement
la mémoire du boulanger Brabant et du boucher Lalieux, qui continuèrent à
fournir de quoi nourrir les orphelins, malgré les créances énormes qui leur
étaient dues et dont ils n'espéraient guère le paiement. C'est en ce temps qu'on
restreignit les vêtements de ces jeunes malheureux : les garçons furent habillés
de grosse étoffe bleue ; on leur donna une casquette de cuir et des sabots. Les
filles portèrent une robe de la même étoffe et un bonnet serre-tête en toile de
coton. Ces pénibles moments passèrent, et ce ne fut qu'à l'aide de ressources
prises sur des excédants d'autres fondations, qu'on put ramener l'hospice à un
état moins mauvais. Malgré l'augmentation du taux des fermages et malgré les
efforts constants de l'administration pour ramener les dépenses au niveau des
récoltes, cet hospice a constamment été en déficit. Les fondations de services
religieux furent considérablement diminuées : après le rétablissement du culte,
M. Hirn, évêque de Tournay, convertit les offices fondés dans la chapelle en une
messe quotidienne, en attendant que les revenus permettent de rétablir les
autres charges pieuses.
Aujourd'hui, les orphelins des deux sexes, ayant leur domicile de secours à Mons
et qui ne peuvent subsister soit par leur
travail, soit par les ressources que leurs parents leur ont laissées, sont admis
à l'hospice qui nous occupe. Depuis une vingtaine
d'années, on y a compté, en moyenne, de quarante à cinquante orphelins, de
soixante à soixante-dix orphelines, et douze filles
Derquenne. Le nombre de celles-ci s'est quelquefois élevé à dix- huit; mais
depuis 1841, vu l'insuffisance des ressources de cette
fondation (environ 4,000 francs), l'administration a décidé qu'on n'en recevrait
plus que douze. En 1856, les dépenses de cette
institution s'élevèrent à 54,282 fr. 94 c., ses ressources propres ne
produisirent que 37,252 fr. 13 c.; au 31 décembre, cent
trente-huit élèves y étaient reçus.
L'hospice, qui était tenu d'une manière fort satisfaisante sous la direction de
Melle Manteau, laquelle resta en fonctions de 1812
à 1839, fut notablement amélioré à compter de 1837. L'administration des
hospices civils y introduisit des changements quant à la nourriture, aux
vêtements et à la propreté.
Pour inspirer à ces jeunes gens l'amour du travail et l'esprit d'ordre, qui est
si précieux pour eux, elle statua de placer à la caisse d'épargnes, en leur nom,
le produit de leur travail, qui antérieurement restait improductif dans la
caisse des hospices. Le 28 novembre
1837, elle institua pour les garçons, un cours de calligraphie et de dessin
linéaire; et pour les filles, âgées de moins de douze
ans, une classe élémentaire, dont les leçons étaient de deux heures. Enfin,
voulant exciter l'émulation parmi les jeunes travailleurs
de cet hospice, elle décida que leurs ouvrages seraient réunis en une exposition
publique et que des récompenses seraient
accordées à ceux qui mériteraient une distinction.
Cette exposition eut lieu et produisit des résultats satisfaisants.
En 1842, on continua les améliorations qu'on introduisait dans le régime
intérieur. C'est ainsi que la direction et la régie
de l'hospice furent alors confiées à des sœurs de la charité, dont la méthode,
les soins et le dévouement amènent tant de perfectionnement dans les services
qu'elles déchargent. De grands travaux de restauration furent effectués au
quartier des filles.
En 1848, les lits des dortoirs des garçons furent remplacés par des couchettes
en fer.
Par décision du 30 mars 1850, une modification importante eut lieu quant au travail.
Des ateliers d'apprentissage pour les menuisiers, les tailleurs et les cordonniers furent créés dans l'hospice même, et on y appela de bons ouvriers pour les diriger.
Les orphelins ne furent dès lors plus obligés de sortir pour se rendre chez
leurs maîtres en ville : ce changement contribua à
l'amélioration morale et religieuse de ces jeunes gens; en même temps, il
produisit des bénéfices pour l'établissement. En 1856,
trente élèves y travaillaient. Le produit de leur travail qui, de 1843 à 1850,
n’avait donné une moyenne que 175 frs.
Par an, s'éleva, de 1850 à 1855, à une moyenne annuelle de 412 frs. En 1851, le
quartier des filles qui était insuffisant, fut totalement
reconstruit; en 1852, une infirmerie pour les garçons fut établie; enfin en
1855, l'augmentation de la population de l'hospice exigea la construction d'un
dortoir pour les orphelins. Ces derniers travaux donnèrent à cet hospice toute
la perfection
désirable.

La façade de l'établissement présente l'aspect régulier d'une
ancienne habitation bourgeoise: au-dessus de la porte, se trouve
une inscription, qui en indique la destination : « Maison des Orphelins. » La
chapelle se trouve à la gauche du bâtiment;

sa façade, qui porte le millésime de 1605, est de style ogival : la porte et les deux fenêtres sont bien tracées. A l'intérieur,
elle est voûtée et quatre autres fenêtres en éclairent le chevet. L'ancien
mobilier y est conservé; lors de la révolution française,
il avait été mis en vente, mais il fut acheté par M. Manteau, frère
d'une des maîtresses de couture, qui le laissa en place. Diverses reliques,
notamment celles de saint Quentin, patron de
la maison, quelques tableaux et les portraits des bienfaiteurs furent
temporairement soustraits, mais on les restitua à l'hospice.
Les quatre tableaux qui décorent aujourd'hui la chapelle, représentent : Le
martyre de saint Quentin, peinture attribuée
à Jordaens, la Résurrection de Jair, le Mariage de sainte Catherine, que l'on
croit de Vélasquez, la sainte Vierge tenant
l'enfant Jésus et saint Jean, au milieu d'une guirlande de fleurs : les
personnages de ce tableau sont, dit-on, peints par Rubens
et les fleurs par Sneyders. On lit au bas de ce tableau l'inscription suivante :
A
LA MÉMOIRE DU sr SIMON JOSEPH ROBERT
ECUIER SElGr DE FANUETZ MORT LE 22 1759 EN CÉLIBAT ÂGÉ
DE 88 ANS. INTEND. DE CETTE AUMONE PENDANT CINQUANTE ANS.
LCY A LÉGUÉ 300 LIVRES DE RENTE.
Un
règlement, en date du 8 janvier 1852, est actuellement en vigueur dans l'hospice
des orphelins. Ce document donne
une idée complète de l'organisation de cet hospice : il trace les droits et les
devoirs du personnel dirigeant, savoir: du chapelain,
directeur de la section des garçons, des sœurs qui ont la direction de celle des
filles, du professeur surveillant, des chefs d'ateliers,
du professeur de chant et des employés de service ; il indique la marche à
suivre pour l'admission des élèves ; il détermine les
devoirs des orphelins tant pour leur vie journalière que pour leur conduite
religieuse; il règle les récompenses et les pénalités
et s'occupe enfin de la sortie et de l'émancipation de ces élèves. Ce code de
l'établissement est le meilleur exposé que l'on puisse
faire tant du régime matériel que de l'état intellectuel et moral de cette
intéressante fondation.
ANNALES DU CERCLE ARCHÉOLOGIQUE DE MONS 1857.
Cartes postales et photos, Augello,C.